Livres ouverts #2

Deuxième billet « club de lecture » ( et pas club des 5…on tente d’élever le niveau), « à nos lunettes ». La dernière date un peu mais j’ai mis du temps à « digérer » mes lectures et être sure de ce que j’en pensais.

Pour commencer: Même le silence a une fin, d’Ingrid Betancourt. Pour être honnête c’est le titre qui m’a convaincu à commencer la lecture. (Une citation de Pablo Neruda. « Il meurt lentement, celui qui ne voyage pas, celui qui ne lit pas, celui qui n’écoute pas de musique, celui qui ne sait pas trouver grâce à ses yeux ».) Pas franchement l’auteur. Je n’ai pas de préjugés très en sa faveur et ne suis pas persuadée de son talent littéraire. Pourtant ce livre a été une vraie révélation. « Oublions la femme capricieuse » propose Le Point, c’est ce que j’ai fait. Un pitch? Les 6 ans et demi qu’Ingrid Betancourt a passés, otage des Farc, dans la jungle colombienne. Je dis pitch, j’aurais plutôt envie de dire « excuse » parce que ce livre est beaucoup plus qu’un récit, un témoignage d’enfermement, d’isolement. Ce « silence », ce musellement que l’auteur ressent comme une violence est aussi la chance de ce livre. Ce n’est pas la femme sure d’elle, au brushing parfait et au verbe (trop) prolixe qui écrit. C’est l’individu humilié, à bout d’espérance qui devine ce qui fait la force d’une vie. Qui en cherche les grands axes. Qui doute de ses certitudes. Qui interroge ses capacités. L’obsédante absence de « fin » de but, de sens comme de direction dans cette fuite de l’armée colombienne parle à chacun de nous et se ressent comme  une véritable torture. L’obligation de trouver une « raison », un placebo pour oublier la violence, la cruauté, l’asservissement. La proximité de Dieu qu’engendre cette promiscuité avec la mort. Les fondements de cette foi nouvelle qu’elle a re découverte, qui lui permet de faire le lien, de croire en cette raison de tenir. L’écriture épouse cet état d’esprit  et en est donc particulièrement passionnante et convaincante, dépouillée de trop d’apparats. J’ai eu du mal à toujours suivre les liens que l’auteur fait entre ses réflexions et son quotidien. Tout n’est pas très « lisible » mais peu importe. La lecture a du sens, elle éclaire, elle guide. Elle tient éveillé, ce qui ne m’aide pas vraiment mais c’est une autre histoire!

Où-j’ai laissé mon âme est la question que pose Jérôme Ferrari à ses « héros », deux anciens résistant déportés, confrontés à la barbarie des méandres de la Guerre d’Algérie. Parce qu’un livre c’est aussi une couverture, c’est elle qui m’a « appelée » à la lecture. Et aussi pour Horace Andreani, le capitaine corse, devenu frère d’armes du capitaine André Dégorce, à Diên Biên Phu. Encore un livre rempli de questions: comment faire cohabiter l’idéal de l’enfance, son innocence, sa bravoure que l’on devine dans les yeux du gamin de la couverture et l’adulte confronté aux expériences et au temps qui ont terni ses valeurs? Cette tension tiraille les deux hommes, passés de  victimes aux tortionnaires.Differemment.  Ils ont tout vu et tout vécu. Refait leur vie. Mais leur conscience ne s’exprime pas de la même manière. Projection ou fiction de qu’ils auraient pu faire. Ce qu’ils auraient dû faire. L’approche est particulièrement pesante. La quête de la foi de Dégorce, de son âme, est éprouvante. Le chef rebelle arabe l’achèvera de ces mots: « vous avez perdu la foi et vous ne pourrez la retrouver, parce que tout ce pour quoi vous vous battez, ça n’existe déjà plus. Et je suis désolé pour vous. » L’intrigue est magistrale, tenue par des questions puissantes, une écriture très masculine, aux accents très marqués. Et encore et toujours du silence… sous des narrations diverses qui maintiennent si bien l’intérêt. Aux amoureux de la Corse, de l’Algérie, aux passionnés d’histoire, aux amateurs de romans de vie, aux chercheurs de la pensée…

D’autres recommandations suivront très vite, c’est promis! D’ici là, bonne lecture!

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