Livres ouverts #3

Troisième épisode « fiche de lecture » spécial femmes, aujourd’hui. Difficile de sortir la Russie de mon esprit en ce moment. Ca tombe bien car on peut dire que c’est un véritable vivier à femmes extraordinaires.

Commençons donc par Sophie. Sophie Tolstoï, l’épouse de Léon-le-fameux. Alors que son mari donnait au monde Anna Karénine, Guerre et Paix, La Mort d’Ivan Ilitch, elle s’acharnait à faire tourner le domaine d’Iasnaia Poliana, mettre au monde pas moins de 13 enfants et veiller au bien-être de tous… Pour finir, Léon partit sur les routes à la fin de sa vie, retiré de sa famille et du contact humain. Le journal intime de Sophie est donc une sorte de soupape de décompression…mais laissé à la lecture de Léon, comme lui le faisait réciproquement. Par où commencer? D’abord l’impressionnant éventail de rôles que tenait chaque jour cette femme-courage, tout à la fois mère, intendante, secrétaire, confidente, maîtresse. L’amour infini, sans concession, sans explication, sans recul non plus pour cet homme si peu méritant dans le privé, si centré sur lui-même et si prompte à la diminuer. Cet amour qui lui fait tout accepter des folies de son mari, retrousser ses manches tous les jours et trouver ainsi une raison de remettre sur le métier l’ouvrage de sa vie. Et quelle vie? Tellement de sacrifices, tellement de douleurs aussi. Ce journal intime est une vraie cicatrice, une plaie qu’elle referme. Il atteint les chairs même des drames qu’il exprime. De ses 5 enfants qu’elle « remet à Dieu », Sophie garde un cheveu, un morceau de laine. Ces petits fils de fragilité qui tissent l’armure de la femme de poigne, la vraie comtesse, seul véritable régisseur des terres d’Iasnaia Poliana. Je ne m’arrête pas vraiment sur l’écriture. Comment reprocher quelques formules un peu lourdes? Et ne le sont-elles pas justement afin de de ressentir combien ce quotidien est laborieux? Quelques beaux mots d’amour pour Léon, quelques regrets à peine exprimés, des inquiétudes si bien camouflées.

Ce journal m’a beaucoup ému. Je l’ai trouvé, par mille approches, terriblement moderne, pertinent hier, aujourd’hui et demain tant sur la femme que sur l’homme, animal de solitude ou moitié d’un tout. Je le conseille plus que tout.

Au rayon femmes de l’ombre, je demande la compagne de J.D Salinger, Joyce Maynard. Le livre, Et devant moi le monde, bénéficie d’un véritable matraquage publicitaire, lequel a un drôle de pouvoir répulsif sur moi en général. La curiosité a été plus forte.La peur malsaine d’assister au massacre du père génial de l’Attrape-coeur, déjà bien égratigné par sa fille dans l’Attrape-Salinger? L’envie de tester ce constat déjà amèrement vérifié que les hommes n’ont souvent qu’une seule descendance. Qu’ils ne se donnent qu’à l’accomplissement d’une oeuvre à la fois, professionnelle ou personnelle. Qu’ils sont parfois aussi exceptionnels sur scène qu’ils se révèlent mauvais en coulisse. Peut être bien… Pour être honnête j’ai été assez déçue de cette autobiographie. Joyce Maynard n’est pas un écrivain hors du commun, soit. Son destin le serait plus. Quoique? Après tout, des jeunes filles dont la naïveté, la jeunesse et l’inexpérience rassure les angoisses de quinquagénaires autoritaires et aigris, ce n’est pas vraiment exceptionnel. Les recoins très sombres de cette relation, l’égoïsme de l’homme tranchant dans le vif du caractère non abouti de la jeune adulte, la déception du créateur, l’abandon…Oui ce sont des sujets intéressants, seulement je n’ai pas été véritablement convaincue de la manière dont ils sont envisagés. J’ai eu la sensation de regarder par le trou de la serrure une scène de Lolita, réalisée par Kubrick. Pas très agréable, pas très abouti, pas vraiment porteuse de sens. Salinger a été le parfait jouisseur, le créateur fou lassé de sa marrionnette, l’enfant gâté que son jouet n’amuse plus. Sûrement. Joyce Maynard s’est brûlée aux néons attirants de la célébrité et de l’assurance de ce « père » incestueux. Cela semble assez probable… Le livre ne mérite à mon sens qu’un rapide coup d’oeil.

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