A voir # 3

« Il n’y a pas de maîtrise à la fois plus grande et plus humble que celle que l’on exerce sur soi. » Léonard de Vinci

2 films très différents à recommander cette foisci. Très différents et pourtant porteurs d’un même combat. Celui de la maîtrise de soi. Du dépassement de son corps, de l’oubli de la peur, de la confiance en soi. Peut être aussi la gent féminine peut-elle rendre grâce à Peter Weir et Tom Hooper pour les magnifiques rôles féminins qu’ils nous offrent. Des femmes qui rassurent, qui soutiennent, qui aiment et qui savent créer l’espoir. Arrêtons là la comparaison pour se pencher sur l’identité de ces deux films.

Le discours d’un roi. Ou le parcours de George VI, bègue depuis l’enfance, précipité sur le trône d’Angleterre aux pires heures du XXème siècle. Ses angoisses à succéder à un père castrateur et un frère écrasant, trop sur de lui l’empêchent de se croire digne d’être écouté. Alors les mots trébuchent, ils dégringolent dans sa bouche et le pauvre roi peine à trouver une légitime popularité. Comme sorti d’un conte de Lewis Caroll, Lionel, son orthophoniste devient à force de tours, de grimaces, de confidences et d’écoute bien plus encore que le lapin ouvrant les portes du pays des merveilles à Alice. Il défonce les verrous de ses secrets. Il l’enveloppe de son regard bienveillant, il l’entoure de la protection dont il manque tant. Une merveilleuse complicité, une relation de talent se noue entre les deux hommes, dit-on jusqu’à la mort. Un quart de la population mondiale en 1939 est sous monarchie parlementaire britannique. Un quart de la population mondiale a reposé sur les épaules de George VI. Son combat n’était pas une coquetterie. A l’heure où ni la télé, ni internet n’existait, où les journaux n’avaient pas le pouvoir de diffusion qu’on leur connaît, la radio était LE media à maîtriser pour communiquer. Pour soutenir le peuple, pour l’engager dans cette deuxième guerre tant redoutée. Une belle leçon de courage, une fabuleuse image du couple incarnée par George VI et Elisabeth, et encore une fois un rôle de femme admirable. Je saluerai à la suite de tant d’autres l’incroyable prestation de Colin Firth, de Geoffrey Rush et Helena Bonham . Je me répéterai  sûrement en disant combien ce film est intéressant. Peut-être quelques longueurs sont-elles à regretter, (les miennes aussi…) mais n’est-ce pas une longue route que celle qui mène à la maîtrise de soi?

Faut-il se résoudre à se voir mourir dans un camp de Sibérie lorsqu’on a été dénoncé par sa propre épouse? Vers où chercher Les chemins de la liberté? Telle est la quête de Ianouch, un jeune Polonais accusé d’espionnage. Menotés à sa misère, Ianouch découvre Mister Smith, un Américain un peu trop zélé, Valka, un bandit de Moscou, un prêtre letton, et deux autres Polonais. Sur le chemin de leur délivrance, ils ramassent un jeune fille, Irena. Une sorte de cristallisation en chair de la fille, la soeur, la confidente, la confiance, l’espérance. Un personnage sublime, incarnation de ce que l’âme féminine peut révéler de plus tenace, de plus singulier, de plus intelligent. Au sens latin de  faire le lien (inter legere). Elle est celle qui unit, qui éclaire de son sourire, qui entretient les histoires. L’actrice, déjà vue dans Lovely Bones où elle jouait déjà une « apparition », a une véritable puissance d’évocation de ce que pourrait être le divin. De cette lumière, cette clarté qui pourrait illuminer certaines vies. Une pureté et une sincérité particulière émanent de ses yeux, de son sourire et de ses attitudes. Jusqu’au bout, dans les méandres de ses mensonges, on ne saura jamais qui elle est vraiment. Fille de Koulaks ukrainiens? de révolutionnaires moscovites? Enfant des rues? Tout au long de la torture que représente ce voyage, la nature, loin d’être l’ennemi à combattre,  est le seul lien qui permet de faire sens. Par sa beauté d’abord, elle donne à croire que la vie vaut la peine. Par sa diversité aussi, elle permet de comprendre que rien n’est figé et que les rôles comme les saisons ou la végétation ne cessent de changer. Une raison d’espérer. Dans les affres de leurs manques (sommeil, nourriture, force, abris, eau…) ces survivants ne compteront que les uns sur les autres pour s’en sortir. Un schéma particulièrement apprécié des Américains, symbole des fondements de leur nation, qui s’avère ici loin d’être simpliste. Pas trop de pathos. Peu de larmes. Moins de caricatures que ce que je craignais. Du russe parlé quasiment la moitié du film ( les accents polonais ou russes  sont souvent douteux mais qu’importe!). De quoi passer un très beau moment, y réfléchir et se sentir plus vivant!

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Une réflexion sur “A voir # 3

  1. Quel magnifique commentaire!!Voilà résumées en peu de mots qui! portent tous les impressions que laissent ces deux beaux films. Bravo pour le décryptage du rôle des deux femmes.

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