Diplomatie

Vite vite un petit article pour vous parler d’une pièce vraiment top qui vit ses derniers jours au Théâtre de la Madeleine (jusquau 24 avril).

La pièce: Diplomatie de Cyril Gely, mise en scène par Stephane Meldegg, avec André Dussolier et Niels Arestrup.

De quoi s’agit-il? D’une rencontre fictive/ inventée/ réelle/ historique? entre l’Ambassadeur de Suède à Paris (Raoul Nordling-André Dussolier) et le Gouverneur du grand Paris (Dietrich von Choltitz-Niels Arestrup) le 25 août 1944, quelques heures avant l’arrivée des Alliés à Paris. Von Choltitz a le destin de la « ville-lumière » entre ses mains et s’apprête, sur ordre d’Hitler à faire sauter Paris. Raoul Nordling engage alors une bataille d’idées, de valeurs, d’espérance contre les convictions inébranlables d’un militaire deshumanisé et petit à petit, réussit à instaurer un dialogue d’homme à homme. Le suédois va jusqu’à extirper les angoisses et les espoirs de l’officier du III° reich pour enfoncer la muraille idéologique nazie. Paris manquera de justesse de finir en fumée, l’épisode historique valait déjà la peine d’être rappelé.

Mais ce qui me semble le plus remarquable c’est cet anti-sophocle, ce refus, définitivement pas littérature XX° , de laisser la place à la tragédie et à la fatale destinée. Repensons à La guerre de Troie n’aura pas lieu de Giraudoux, contemporain de ces moments décisifs de la Deuxième Guerre Mondiale. Hélène est partie, le ressort a été bandé, la machine infernale s’est mise en route, les évènements s’enchaîneront sans que l’homme n’y puisse rien. Il n’a qu’à jouer son rôle dans la pièce qui a été écrite pour lui, se démener pour une autre fin, il n’est rien. Et par ces temps troublés, la problématique est particulièrement d’actualité: Peut-on changer le cours des choses? A-t-on vraiment les commandes du jeu de la destinée? Quel poids a véritablement la voix d’un homme? A-ton les armes pour affronter la barbarie deshumanisée?

Définitivement oui pour Cyril Gely, la parole est puissance, le discours est une arme et l’homme est central. Pas de contagion barbare comme le prévoyait Ionesco dans son Rhinocéros, pas d’inévitable, ni de puissance de mort comme le pensait l’Antigone d’Anouilh. Ne voir aucun prosélytisme dans cette citation que d’autres reconnaîtront « dis moi une parole et je serai guéri ». Voilà la thèse de Stéphane Meldegg.

Cette pièce est à mon sens une formidable leçon de vie, un éclairage nouveau pour hier, pour maintenant, pour demain.

Pour espérer aussi que la diplomatie française oublie ses Boris Boillon, qu’elle soit le champ de bataille de tous les Raoul Nordling qui sommeillent, d’hommes dont le verbe suffit à guérir les délires dictatoriaux les plus absurdes…

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