Livres ouverts # 4

Ma série « nez-dans-un-bouquin  » continue.

Je vous parlais déjà dans un précédent post de mes vues littéraires et notamment de la collection Les affranchis. L’idée? Ecrire LA lettre jamais écrite à un destinataire qui ne la recevra jamais. Concevoir une lettre comme un appel dans le désert, un coup d’épée dans l’eau. Avec le talent du désespoir, l’indescriptible frustration de ne pouvoir atteindre LE destinataire tout en cherchant à guérir une plaie profonde. A enterrer une soeur, une amitié, un souvenir. L’idée fabuleuse de cette collection est après tout celle qui motive tout écrivain/ créateur: donner au lecteur le pouvoir de le guérir, l’apaiser, enterrer dignement ses démons.

La collection compte actuellement 5 ouvrages. Je commence ce soir mon troisième, A l’enfant que je n’aurai pas dans lequel Linda Lê explique à l’enfant imaginaire qu’elle aurait pu avoir, son désir de ne pas être mère. Je vous dirai dans un prochain billet ce que j’en ai pensé. Un sujet lourd comme mes deux précédentes lectures.

Dans Je pars à l’entracte, Nicolas d’Estienne d’Orves choisit d’écrire à son ami d’adolescence, une sorte de double littéraire avec qui il a partagé ses plus intenses délires intellectuels, suicidé il y a plusieurs années. Cette lettre éprouvante retrace la jeune vie de cet ami torturé dont les douleurs intimes s’incarnaient dans une passion dévorante pour l’écriture. Nicolas d’Estienne d’Orves n’épargne d’ailleurs pas au lecteur la dimension morbide que revêt cette recherche du génie. Les deux amis se poussent comme au bord d’un précipice à aller toujours plus loin dans leur passion en oubliant jusqu’à leur vie réelle, étouffée dans la fictivité de leurs échanges et finalement de leur relation. C’est ce manque d’air, de fenêtre sur la vie  réelle qui va tuer l’autre Nicolas. L’émotion n’est pas toujours évidence L’auteur se sent responsable, c’est une certitude mais il joue la distance. Description lointaine, vocabulaire cru quant à la mort, peu de sentiments. Peu de ressenti. Nicolas d’Estienne d’Orves demande finalement le pardon  du lecteur pour l’autre Nicolas qu’il n’a su retenir. Il sait la superficialité de leur amitié sous la profondeur de leurs discours. Il reconnait l’absence de partgae. Mais il souffre encore…Et peut être veut-il aussi simplement prévenir de ces amitiés maléfiques qui tuent si bien les jeunes adultes de leurs émulations. Bref à maints égards, une très intense lecture.

Annie Eraud confie une autre douleur inavouée. Celle de cette soeur, jamais connue, morte avant sa naissance et qui a pourtant hanté toute son enfance. Dans L’autre fille elle confie à cette soeur étrangère les silences qui entourent son existence et font les contours de cet être inconnu. Le drame de cette confidence qui ne lui était pas destinée. Cette ombre épaisse quasi-mystique qui occupe une place trop importante. La place du lecteur n’est ici pas beaucoup plus aisé. Une partie de la lecture m’ a été diffcile, partagée entre les reproches en demi-teintes à des parents véritablement perdus et la distance que demandent les souvenirs d’enfant. Le mystique et l’imaginaire qui finissent par habiter la grande partie de la lettre m’ont plutôt rassemblée et définitivement séduit par la justesse de ce ton. Annie a souffert de cette ombre mais c’est finalement elle qui lui donne les ailes pour voyager dans ce monde imaginaire qui va l’aider. Comme le lecteur trop vite étouffé, trouve une clé de lecture dans la dimension mystique.

A suivre!

 

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