Eternité

Révélation cinématographique de l’année pour moi, j’ai vu le film Eternité de Trần Anh Hùng.

La bande annonce n’avait laissé personne indifférent : on découvrait une succession de tableaux d’une beauté léchée, dans un cadre somptueux, présentant une famille sur plusieurs générations. Une voix off se faisait le guide comme s’il fallait prendre une certaine distance pour découvrir ces destins, comme s’il fallait regarder tout cela d’un peu plus haut, d’un peu plus loin. Comme une peinture impressionniste, laisser aux couleurs le soin de se mélanger pour exprimer leur lumière, laisser aux acteurs le soin de se mouvoir, d’être en présence pour que s’émane le sentiment intime de ce film.

Car oui, il s’agit bien d’intimité dans laquelle nous plonge Trần Anh Hùng. Nous assistons impuissants aux drames, nous ressentons sans y prendre part aux joies, aux tristesses, au désespoir mais surtout à la vie.

Beaucoup critiqué, jugé ennuyeux, trop lent, ce film n’a, à mon sens, pas été compris.

Il faut lire Alice Ferney L’élégance des veuves, qui est la base du film pour comprendre que le style de l’auteur, tout en féminité, en chaleur, en maternité ne pouvait pas être seulement traduit en dialogues et en images. Il faut saisir que la beauté même de cette écriture qui dit tout de l’amour maternel, de la puissance de la vie ne devait pas être mouliné dans des séquences évidentes.

Trần Anh Hùng a aimé Alice Ferney, il a senti le poids de ces mots et les a pour la plupart conservé. Il faut dire que certaines phrases sont des bijoux. Voici mes préférées :

Valentine à son nouveau-né Margaux « Plus tard tu connaitras les épousailles, les enfantements et rien ne changerait en rien à la douceur de se trouver ensemble, songeait Valentine »

Jules à Valentine, après la mort de leur dernier fils Etienne, âgé seulement d’une journée : « Vous aurez d’autres enfants Valentine. Etienne, nous n’avons rien connu, nous n’avons pas eu le temps de l’aimer. Seul un homme pouvait parler de cette manière, pensait-elle et elle songeait à l’attente vaine, les longs mois de rêve, puis ce creux dans les bras, un poids qui manque, un trou de chaleur absente. »

Valentine, à sa fille Margaux qui a choisi d’entrer au Carmel: « Elle aurait voulu lui dire que l’amour d’un homme est moins distrait que l’amour de Dieu »

Après la mort de Jules, le mari de Valentine et père de leurs 7 enfants: « Jules s’était éparpillé en chacun, fugacement Valentine le retrouvait au travers d’eux»

Valentine, après la mort de sa fille Elisabeth « Cette fois encore elle s’endormit malgré elle pour reprendre des forces dont elle ne voulait plus mais qui étaient en elle. »

Après la mort de Margaux, rentrée aux Carmel : « à Margaux qui lui avait donné sa jeunesse et sa vie, Dieu ne laissa pas le temps de revoir sa mère »

Je ne saurais trop inviter à la lecture d’Alice Ferney

Attention une envie irrépressible d’embrasser ceux que vous aimez, en particulier vos enfants risque de vous prendre !

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